Le poing levé

Quand on ne peut plus ouvrir sa main, on lève son poing

Mon pays va mal

Mon pays va mal, Ce soir c’est le résultat des élections du premier tour des législatives.

Mon pays va mal, je me souviens en 2002, il y a déjà 22 ans déjà, j’allais manifester contre l’extrême droite. La jeunesse n’avait pas voté, la participation moins importante. On se disait qu’il fallait juste se mobiliser plus sérieusement, l’extrême droite ne passera jamais. Et aujourd’hui, on en est là avec une participation très forte,et un rassemblement national à 34%.

Mon pays va mal, 34%, mais c’est incroyable quand même. Un français sur trois, et là on peut pas dire que c’est un électorat qui se mobilise, non, un tiers des français ont voté pour l’extrême droite.

Mon pays va mal ? Comment en est-on arrivé là ? Là, je sais plus… On met en avant les chaînes d’information continue, Macron, son incompétence….Moi je crois que c’est plus profond !! Je ressens une colère ? Mais quel colère ? La colère contre les immigrés ? La colère contre l’insécurité ? La colère contre l’Europe ?

Certes il y a bien des racistes, des fachos, des anti Europe, des personnages fort détestables. Mais, pas un tiers des français.
Moi je crois que beaucoup de français sont en colère contre ce monde qui se dessine. On fantasme sur une France forte, où des projets se concrétisaient, où l’espoir était là. On a envie de la revoir cette France des années 70-80, d’y être.

Regardez cette photo de la série papa poule diffusait au tout début des années 80 :

Des enfants heureux, blancs, de différents âges, qui communiquent facilement, bien éduqués, qui s’acceptent, un cadre apaisant, une famille française qu’on aimerait retrouver, on imagine la voiture Citroen dans le garage, la pelouse bien coupée, les voisins sympa, la préparation joyeuse des vacances dans la tente au milieu d’un camping municipal dans la campagne accueillante…
Et bien ça, on n’y arrive plus, on multiplie les formations de coaching à la recherche du bien-être, on se bourre d’antidépresseurs, on veut ça, on veut une famille pérenne, on veut de la confiance dans nos rapports, on veut un avenir tranquille, on veut un certain confort économique, on veut la maison, on veut un avenir radieux, on veut des discussions, on veut de la tolérance.

Et aujourd’hui, on a plus ça, Macron nous vend son monde de start-up que personne ne souhaite, les écolos nous vendent un monde où il va falloir se restreindre sur tout, les insoumis nous rappellent tous les jours que la richesse n’augmentant pas, il va falloir mieux la partager.
Et on voit bien que ça se concrétise. Le prix du logement explose (un cadre parisien se loge dans un studio), on voit que l’énergie n’est plus abondante, on évoque les restrictions en eau, électricité, gaz, les rapports humains sont saccagés par la compétition sociale sur les réseaux sociaux, nos yeux rivés sur nos smartphones, addicts à la notification. L’Etat est sur-endettée, nos services publics sans le sou, nos industries ont disparues, plus de projets innovants. Les pays européens font du dumping fiscal et social, la solitude explosent, la précarité nous submerge. L’Europe des échanges ne donnent plus envie, les guerres sont là, les tensions internationales exacerbées, on ricane sur nos politique aux discours non plus portées par des convictions, mais par des chargées de communication avec des éléments de langage longuement choisis et maîtrisés.
Sans espoir, nous sommes sans espoir, rien ne nous fait plus envie, on est blasé de tout, on attend le prochain mensonge, on ne veut plus être le produit d’un marché de rêve, transformé en cauchemar éveillé.

Et le RN ? Ben le Rn il ne vend rien, son programmes est mince comme un scénario de K2000, mais au moins, il ne nous construit pas un avenir aussi différent que le monde que nous venons de quitter. Et il y a toujours ce parfum de nostalgie, c’était mieux avant, et je crois que c’est ça qui plait, le RN, c’est pas le parti du futur, le Rn c’est le parti du passé.


Nous avons en nous de manière inconsciente les images de cette France Papa poule, et le Rn est le seul qui nous fait penser qu’aujourd’hui sera comme hier, qu’avec lui on va retrouver cette France fantasmée. La nostalgie de la France bourgeoise. Parce qu’on l’aime cette France bourgeoise, cette France du petit village où il ne se passe rien, cette France de Carte postale, cette France qui n’existera plus et n’a jamais existé. Et ça c’est notre plus grande peur : perdre ce souvenir.

Le RN ne propose rien, mais, nous renvoie des images : Marine Le Pen la poissonnière, grande gueule qui dit des conneries mais sympa quand même, Bardella, le jeune clerc de notaire du village, celui sur lequel on peut compter qui comprend les problèmes des gens, pas trop à l’aise sur le fond des dossiers, mais après tout, nous on serait comme lui, ça crée de l’empathie…

Mon pays va mal : on a donné les clés du pays à une poissonnière et un clerc de notaire.

Mon pays va mal, il ne se projette plus dans l’avenir. Il préfère l’odeur virtuelle d’un passé imaginaire.

Mon pays va mal….

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to top